J’ai regardé les braises dans la cheminée ce soir là . Les briques de tourbe rougeoyantes se consumaient. Deirdre et Maria venaient de repartir et je repensais aux propos que j’avais tenu. Beaucoup de choses à propos d’amour. J’ai revu en pensée ce quai de la estaçion de França à Barcelone, le quai courbe, les charpentes métalliques, le toit de verre, cette lumière d’un printemps d’Espagne, et à nouveau ce départ, toujours le même, sous différentes formes… Un de ces beaux moments de la vie, volé, envolé, rangé sur une étagère entre deux autres livres de ma vie. Je ne sais pas. Peut-être cette dernière matinée d’amour lors de nos retrouvailles barcelonaises. Ou ce voyage en Grèce : le ferry, ce train magique et lourd de signification vers Sofia ! A moins que ce ne soit le livre de Paris, livre étrange que je n’ai pas vraiment aimé, et que j’ai peut-être rangé ailleurs. Je ne sais pas.
Mais la vie tourne les pages, produit de nouveaux ouvrages : j’aime voler les livres de la vie comme j’aime les acheter en librairie. Je me demande si le prochain ne sera pas à nouveau une histoire espagnole, une histoire de regard aussi.
La vie n’est-elle qu’un voyage ?
La vie n’est-elle qu’un regard ?
La pluie a cessé sur Dublin. Le vent s’est levé. Un vent froid, un vent de mer, sûrement un vent d’hiver. J’attends la neige avec impatience. Je l’espère. Elle est une couche d’innocence, de superficialité, posée sur toutes les réalités humaines, matérielles ou psychiques. C’est dur d’être seul. C’est certainement très beau, très agréable aussi. Ca l’est d’ailleurs, mais ça ne fait pas tout ; pas plus que l’amour.
Tout. Rien. Que veut dire « Tout » ? Boyer, à propos des Iles d’Aran a écrit que le « rien » était une chose dont il fallait se méfier. Quand on dit qu’il n’y a rien, c’est qu’il y a certainement quelque chose, de même pour le « tout » : il n’existe pas ; la perfection est impossible. Sauf peut-être dans l’achèvement. Oui, mais l’achèvement définitif. La mort certainement.
On the road…







