Dublin, Sandymount, november 1993, 5th – 2
20 fév
« Je suis juste capable d’ingérer le doux et brûlant breuvage made in Tennessee, Oulde Jack… Vais-je où pas flamber ces putains de bananes ? Voilà la question qui m’assaille… Mais j’ai trop de choses à raconter. C’est bien pour ça que je veux descendre à Cashel… Pour mettre de l’ordre dans ma tête après ce mois et demi de folie passé en Irlande.
Je veux essayer de faire le point, à tous points de vue et surtout un mois et demi après ma séparation d’avec Amy d’autant plus en constatant ce que je commence à ressentir de nouveau pour le sexe opposé. En particulier, même s’il est trop tôt, pour Montse.
J’ai vraiment l’impression de retourner trois ans en arrière, la douce sensation de faire ce que j’ai envie, pour moi, pour être moi, parce que personne ne peut le faire à ma place, un peu comme un desperado dans le désert du Mojave. C’est une drôle de sensation de liberté, probablement artificielle, de pouvoir se prendre une cuite quand bon vous semble, en n’ayant à s’inquiéter que du transport de sa propre carcasse. Ca pourrait être un peu triste, ça l’est peut-être. J’avais peur de la solitude et de la tristesse après la séparation. Mais non, au delà du spleen, la sensation est plutôt agréable. C’est cool, la vie de célibataire…
J’aime les Rolling stones : ils me vident la tête, me font bouger au rythme des flammes d’un bon feu de bois, là-bas, quelque part dans le Michigan, du côté de Sault-Sainte-Marie…
Là bas…
Je crois qu’il est temps de joindre à nouveau ma destinée à celle d’une vieille Camel, et de fumer cette cigarette sans penser à rien d’autre qu’à ce putain de temps qui passe… Calmement, inexorablement, indifféremment… »

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